Hommage à Naziha Mestaoui

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de l’artiste Naziah Mestaoui le 29 avril dernier.  L’artiste, environnementaliste, pionnière des installations d’art numérique 3D et architecte, devait participer à la saison 20-21 de l’Espace Magh. Dotée de talents complémentaires, elle avait tissé un style artistique unique. C’est pourquoi nous souhaitons lui rendre hommage. 

Née en 1975 à Bruxelles, Naziha Mestaoui a étudié à l’Institut de technologie de Graz en Autriche et à La Cambre à Bruxelles. En 2000, elle fondait Electronic Shadow avec l’artiste et auteur Yacine Ait Kaci. Le duo est devenu pionnier dans l’art digital et est l’inventeur du Videomapping au croisement de l’espace et de l’image. Electronic Shadow exposait alors dans le monde entier : MOMA à New York, Centre Georges Pompidou à Paris, Musée de la photographie à Tokyo, Biennale d’Art Contemporain à Séville, SESI de Sao Paulo, MOCA de Shanghai….

En 2011, elle a démarré une carrière solo, poursuivant la fusion entre l’art, les technologies et les expériences. Ses séjours au cœur des peuples autochtones (Amazonie, Inde, Oman) ont été à l’origine d’une série de projets se fondant sur la pluralité des rapports homme/nature. Elle questionnait l’exception de notre culture occidentale par sa déconnexion avec son environnement.

En 2015, à l’occasion de la conférence sur le climat de l’ONU à Paris (COP21), Naziha a lancé le projet  1 Heart 1 Tree. Cette œuvre d’art digitale, organique, green et citoyenne permettait à chacun, via une application smartphone, de planter un arbre virtuel baptisé à son nom. L’arbre poussait au rythme des battements du cœur humain et était projeté sur la Tour Eiffel. Pour chaque graine virtuelle créée, un véritable arbre a été planté. Ce projet a permis de planter 100 000 arbres, sur des sites allant du Brésil au Pérou en passant par le Kenya et l’Inde. Ces arbres ont, non seulement, contribué à lutter contre le changement climatique mais aussi, à améliorer la vie des populations locales.
Cette initiative, originale, participative, poétique et engagée a été admirée pour la première fois par des millions de personnes à travers le monde. De plus, Naziha Mestaoui ne pouvait pas savoir, quand elle avait planifié 1 Heart 1 Tree deux ans plus tôt, ce que cela pourrait signifier aussi pour les Parisiens. En effet, chaque arbre grandissant, projeté sur la Tour Eiffel au rythme du battement de cœur d’une vraie personne, s’était révélé un antidote édifiant pour une ville en deuil suite aux attentats terroristes survenus à peine 16 jours auparavant.