LES GRANDES FIGURES DU MAGHREB, PASSÉ RE-COMPOSÉ D’ICHRAF NASRI

Faire un portrait, c’est donner en quelques mots, en quelques traits, une impression générale d’une personne. S’il s’agit à la base de coller le plus près possible à une physionomie, le tour de force est de condenser autant de facettes possibles d’un personnage en un espace réduit. La posture, le regard, les couleurs, les objets qui forment la composition sont autant de chapitre d’une biographie. Mais comment faire un portrait conjugué au passé ? Le risque est de tomber dans l’archive voire la nécrologie. Or la culture du Maghreb est une culture vivante.

Le projet Les Grandes Figures du Maghreb d’Ichraf Nasri s’est tout naturellement transformé en une recherche ludique où des personnalités du passé dialoguent avec des acteurs et des actrices contemporaines qui leur prêtent leurs traits. Le sous-titre de l’exposition “Passé re-composé” ne laisse pas de doute sur la dimension théâtrale de ces portraits : les acteurs et les actrices ont travaillé une présence absente, un regard tourné vers l’intérieur, ce afin que le dispositif apparaisse clairement. Nous sommes dans une fiction.

L’Histoire politique et artistique nous nourrit constamment, mais nous n’y avons accès qu’au travers de récits et de reconstructions. Certaines histoires laissent plus de traces que d’autres : la notoriété joue, le contexte d’un pays à un moment donné, la matérialité de l’œuvre ou de l’engagement… Il faut prendre “recomposer” à deux niveaux : réarranger artistiquement mais aussi reconstruire ce qui a été détruit, rendre lisibles des pages décomposées. De nombreux facteurs expliquent que le Maghreb a oublié son passé, et la colonisation fut sans nul doute le plus destructeur. En occultant la culture de l’autre, l’Europe a choisi de devenir elle-même amnésique et de se priver de la richesse d’un patrimoine humain. 

Pour l’artiste, le choix des figures de cet héritage fut crucial. Mais le défi de trouver des femmes dont les traces furent aussi prégnantes que celles de Kateb Yacine ou Abou El Kacem Chebbi fut encore plus grand. Les récits des vies de Bchira Ben Mrad, Fatima Mernissi ou Saïda Menebhi n’ont pas été écrits, ou alors ils sont parcellaires, effacés. Ichraf Nasri elle-même en tant que femme et artiste maghrébine n’a pas grandie en s’identifiant à ces figures de femmes fortes. La recherche qu’elle a menée pour réaliser cette série de portrait fut une véritable anamnèse. Les visiteurs et visiteuses de l’exposition sont invité.e.s à suivre le chemin riche en émotions qu’Ichraf Nasri a parcouru à la rencontre de ces Grandes Figures.

L’artiste a travaillé avec une scénographe/costumière  pour construire le décor derrière les portraits. Aucune manipulation numérique n’a été faite. Tous les fonds sont bien réels.

 

© Anne Sophie Guillet

Née en 1988 à Tunis, Ichraf Nasri est diplômée en arts visuels de La Cambre. Féministe décoloniale et artiste engagée, elle développe une démarche curatoriale et artistique qui rejoint une approche anthropologique. A partir d’une réflexion critique, elle interroge différents aspects de la société contemporaine. Intriguée par les règles sociales, les coutumes et les rites, son travail soulève des questions relatives aux impératifs, à la domination et à l’autorité. Elle étudie la relation entre les artistes et les curateur.ice.s dans les pratiques artistiques collectives contemporaines, questionne l’hégémonie occidentale et patriarcale dans la production et la diffusion du savoir et repense le régime de l’objet au profit d’une approche transdisciplinaire basée sur l’interconnectivité.

Dans son travail artistique, elle utilise différents procédés techniques. Ses œuvres prennent la forme d’une installation qui mêle sculpture, photographie et son.

Elle initie Xeno- en 2019: une plateforme artistique dédiée à toute personne qui s’identifie femme, en particulier racisées, aux queer et aux non-binaires. Son action s’inscrit dans la production d’événements artistiques et culturels. Xeno- est née du constat de la sous-représentation de ces artistes dans les programmations d’expositions et les événements culturels – une absence qui met en lumière la réalité des rapports de dominations genrés et raciaux.

▶︎ Vernissage le vendredi 25/03 à 18h00
Au programme: présentation de l’exposition et performance musicale de Nora Balile.

© Nora Balile

Chanteuse, compositrice et poétesse bruxelloise, Nora Balile vous présente son nouveau répertoire de chansons à textes en français “Nour“.

Accompagné du pianiste Fabrice Cely, “Nour” est un voyage hors du temps aux mélodies intimistes et colorées qui raconte nos chagrins, nos désillusions, nos rêves oubliés, nos amours mais aussi nos désirs et nos conquêtes !

Une petite escale dans le Maghreb avec des poèmes parfumés de la fleur d’oranger et du vent du désert !

 

 

 

 

 


PRESSE

  • Artist Ichraf Nasri: “Some people flinch when we talk about race. But we must do it” de Tom Peeters pour BRUZZ (06/05/2021) Article