Un homme libre

Pièce de théâtre présentée dans le cadre du Festival Femmes et Migrations. 

Adam est radiologue et est issu d’une famille musulmane modeste, mais profondément pieuse. Élève brillant, il dénote très tôt dans sa communauté pour son intelligence vive et singulière. Enfant fragile et sensible, il n’a d’autre issue, pour se protéger du prosélytisme obtus de son père, que de s’enfermer dans un monde qui le coupe de sa famille et de sa communauté.

Son don pour les études va favoriser ce repli et cet hermétisme viscéral pour sa culture d’origine. Un matin, une jeune femme se présente à son cabinet pour effectuer une mammographie. Contre toute attente et pour la première fois de sa carrière, une patiente le trouble au plus haut point. L’émotion est si forte, qu’il se sent envahi d’une grande vulnérabilité. Le trouble est tel, qu’il va jusqu’à lui prescrire une biopsie qui s’avère inutile. Sara passe l’examen, mais se donne la mort avant même de connaître les résultats. Adam est convaincu d’être la cause du passage à l’acte. Il perd peu à peu pied avec la réalité, au point d’être hanté par cette femme qui n’est qu’un prétexte pour laisser remonter à la surface ce qu’il a voulu étouffer toute sa vie.


Note d’intention de l’auteure

« Depuis le début de mon entrée en écriture, l’humain est ce qui motive mon travail. L’humain dans sa complexité, avec ses travers, sa grandeur comme ses faiblesses. Le tiraillement est aussi au cœur de mon travail littéraire. Le tiraillement qui reste une réalité pour tout enfant issu de l’immigration. Le tiraillement évoqué sous toutes ses facettes et souvent sous le regard de l’adolescent délinquant (voire fondamentaliste-religieux), l’adolescente rebelle et fugueuse ou voilée et dévote est vu ici sous le prisme d’un quadragénairemédecin-radiologue. Le tiraillement aussi puissant que destructeur, aliénant dans ce cas précis.

Avec ce texte, j’avais envie d’explorer, sous différentes facettes, les paradoxes et les contradictions d’un homme, certes éduqué et lettré, mais qui a grandi dans une communauté dont les valeurs, parfois antinomiques, poussent peu à peu à la dérive. Le pouvoir de la communauté, que l’on embrasse ou que l’on rejette est tel, qu’il initie toujours, explicitement ou non, les choix de l’individu. Pour Adam, ni son érudition, ni son esprit critique, façonné par sa formation scientifique, ne sont parvenus à mettre à distance l’héritage faisandé du communautarisme-religieux. Comment peut-on être un grand médecin et à la fois un fils couard ? Comment peut-on avoir la faculté de déceler un début de tumeur tapie au coeur de la cellule humaine et être victime de cécité lorsqu’il s’agit de voir le mal-être des siens ? Autour Adam, je brode une histoire où maladie mentale, identité, transmission, religion, culpabilité et rapports transgénérationnels sont les sujets centraux. » (Malika MADI)